Page:Je sais tout magazine - Le Retour d'Arsène Lupin, partie 1.djvu/11

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en scène ? Et cette autorité sur ces prêtres, d’où lui venait-elle ?

Bergès. — Mais lui-même, quelle explication t’en a-t-il donnée ?

Georges. — Aucune. Il a souri… de son indéfinissable sourire et il m’a dit : « Vous ne comprendriez pas », et il a ajouté : « D’ailleurs, vous vous feriez de moi une opinion fausse. ».

Grécourt. — Enfin, toi, que ressens-tu à l’égard de d’Andrésy ?

Georges. — Je ne sais pas… Il m’a sauvé la vie… il a sauvé la vie de celle que j’aime… je lui dois une gratitude profonde, et pourtant…

Grécourt. — Il t’inquiète ?

Georges. — Oui… non… c’est un sentiment… Comment dirais-je ?… un sentiment de sympathie à la fois et de malaise… le sentiment que c’est un être spécial, trop différent de nous tous. Il voit, il devine des choses que personne au monde ne verrait, ne devinerait. Il y a du fakir, chez cet homme-là.

Brizailles. — Il lit dans le marc de café ?

Georges. — Tenez… on m’a volé une bague, hier au soir, une bague à laquelle je tenais. J’ai fait venir le secrétaire de Guerchard. Il n’a rien trouvé, naturellement. Eh bien, je suis sûr qu’au bout de cinq minutes d’Andrésy me dirait où elle est.

Faloise. — Allons donc !

Brizailles. — Cent sous que je donnerais pour voir ça.

Georges. — Et puis quoi ! C’est un être qui m’impressionne, parce que je le sens supérieur, oui, supérieur par les ressources dont il dispose, par les secrets dont il vous domine. Et, malgré tout cela, un être dont je subis le charme autoritaire ; un être de séduction… oui, tu disais le mot, Brizailles : Monte-Cristo… Monte-Cristo devait produire cet effet à Albert de Morcerf.

Brizailles. — Fichtre ! À ta place je ne serais pas plus tranquille que ça.

Faloise. — Moi, mon avis, c’est que tu as eu le cauchemar. Et vous, Grécourt ?

Grécourt. — Eh bien, moi, Messieurs, j’ai un tout autre avis. J’admets Lupin, mais je ne vais pas jusqu’à croire en Monte-Cristo. Avoue que tu as eu là une réminiscence, mon cher Georges. Tu n’as pas lu Monte-Cristo, ces jours-ci ?

Georges. — Tu plaisantes. Pourquoi ?

Grécourt. — Parce que la situation est la même. Tu n’as pas Monte-Cristo ici ?

Georges. — Si (indiquant un rayon à la bibliothèque). J’adore Dumas.

Grécourt. — Eh bien ! attends mon vieux (tout en cherchant le livre). Tome III. Albert de Morcerf, fait prisonnier à Rome par des bandits italiens, est mystérieusement sauvé par Monte-Cristo, comme toi par d’Andrésy ; comme toi aussi, Morcerf donne rendez-vous à Monte-Cristo, chez lui, pour déjeuner à dix heures et demie.

Brizailles. — Un peu tôt.

Grécourt. — Comme Morcerf, tu convies à ce déjeuner un dandy, quelques boulevardiers.

Brizailles, désignant Grécourt. — Un homme de lettres à la mode.

Grécourt. — Et comme Morcerf… mais tenez, je lis :

« — Raillez, raillez, tant que vous voulez, Messieurs, dit Morcerf, un peu piqué. Quand je vous regarde, vous autres, Parisiens, habitués du Boulevard, promeneurs du Bois de Boulogne, et que je me rappelle cet homme, eh bien, il me semble que nous ne sommes pas de la même espèce.

« — Je m’en flatte, dit Beauchamp ou Brizailles.

« — Toujours est-il, ajouta Château-Renaud ou Faloise, que votre comte de Monte-Cristo est un galant homme dans ses moments perdus, sauf toutefois ses petits arrangements avec les bandits italiens.

« — Eh ! il n’y a pas de bandits italiens, dit Debray ou Grécourt.

« — Pas de Monte-Cristo, ajouta Beauchamp.

« — Tenez, cher ami, voilà dix heures et demie qui sonnent. Avouez que vous avez eu le cauchemar et allons déjeuner, dit Beauchamp.

« Mais la vibration de la pendule ne s’était pas encore éteinte, lorsque la porte s’ouvrit et que Germain annonça : Son Excellence… »

Bertaut — Monsieur le comte d’Andrésy !



Scène IV

Les mêmes, D’Andrésy
(Mouvement. Tout le monde se lève.)


D’Andrésy. — Mon cher Georges, je crois être exact. Je vous ai donné rendez-vous il y a six mois, pour le