Page:Je sais tout magazine - Le Retour d'Arsène Lupin, partie 2.djvu/12

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retrouverai votre intonation… Et il y a des gens qui se plaignent que la vie est triste… Ah ! ils ne vous ont pas vu tout à l’heure… « Vous ne tenez pas à le rencontrer. »

Georges. — Oui, je suis ridicule… et je le sais bien… Vous riez… mais vous riez comme ça… vous m’en voulez…

D’Andrésy. — Moi ?

Georges. — Oui, c’est tout naturel, vous seriez en droit… je ne sais pas… un soupçon aussi offensant… vous seriez en droit de me tourner le dos… de m’envoyer des témoins… de… enfin vous auriez tous les droits… ce serait bien fait.

D’Andrésy. — Oh !

Georges. — Oui, bien fait ! Ah ! je n’ai pas de chance aujourd’hui… et j’ai perdu votre amitié.

D’Andrésy, lui mettant la main sur l’épaule. — Imbécile !

Georges. — Quoi ?

D’Andrésy. — Veux-tu qu’on se tutoie ?

Georges. — D’Andrésy !

D’Andrésy. — C’est d’aujourd’hui que j’ai de l’amitié pour toi, c’est d’aujourd’hui que je t’estime et que tu me plais.

Georges. — Tu… vous… tu te moques de moi ?

D’Andrésy. — En ai-je l’air ? Comment, toi, Chandon-Géraud, arrière-petit-fils du conventionnel, fils de Jérôme Chandon-Géraud, membre de l’Institut, toi, le diplomate un peu snob, bourgeois d’essence et de tradition, élevé dans la terreur du scandale, dans l’horreur du vol, dans la répugnance de tout ce qui n’est pas digne, vertueux, coutumier, toi, Georges Chandon-Géraud, enfin !… tu apprends, tu crois savoir qu’un de tes amis est un bandit, le dernier et le premier des bandits, et tu l’aimes assez, tu as pour lui assez de sympathie instinctive, d’affection irraisonnée pour lui pardonner, pour l’excuser… pour faire ce geste inouï, lui serrer la main ! Ah ! mon cher Georges, tu me dois la vie… mais depuis cinq minutes, nous sommes quittes.

Georges. — Tu t’es bien payé ma tête.

D’Andrésy. — Un peu.

Georges. — Avoue que tu l’as fait exprès. Ça t’amusait de me faire monter, de me tenir sur le gril… de paraître féroce et railleur. Ça t’amuse d’ailleurs, ce genre de bluff.

D’Andrésy. — Mon Dieu, ça m’amuse, en effet… mais, voyons, n’es-tu pas content ?

Georges. — Si.

D’Andrésy. — Ne sens-tu pas que nous sommes, maintenant, et maintenant seulement, des amis ?

Georges. — Oui.

D’Andrésy. — N’éprouves-tu pas comme moi une impression nouvelle, robuste, saine, le sentiment que, désormais, nous pouvons, et pour toujours, compter l’un sur l’autre ?

Georges. — Tu as raison. Et tiens, qu’est-ce que tu fais, ce soir ?

D’Andrésy. — Ce soir ? Rien de précis.

Georges. — Eh bien, je t’emmène dîner chez mon beau-père. (Geste de refus de d’Andrésy.) Si, si, je t’emmène. Tu sais comme il est… Le jeune d’Andrésy que tu fus il y a quelques années, avant ton départ, l’avait un peu scandalisé… tu avais fait des bêtises pour les femmes, tu t’étais affiché un peu. Dans les Indes, il n’y a pas eu moyen de te présenter au père de ma fiancée… Eh bien, je prends tout sur moi. Tu vas venir… Si, si, j’y tiens.

D’Andrésy. — Soit. (Souriant.) Alors, cette fois, la main ?

Georges. — Ah ! mon vieux !… et de tout mon cœur.

D’Andrésy, entre ses dents. — Jeune crétin.

Bertaut, entrant. — C’est M. Guerchard.

(D’Andrésy rit.)

Georges. — Ah ! non, ne ris pas, ne me rends pas ridicule devant lui. (À Bertaut.) Faites entrer. (À d’Andrésy.) Non, ne ris plus, mon vieux.

D’Andrésy. — Tiens, correct comme une fripouille.



Scène VIII

Les mêmes, puis Guerchard


(Guerchard entre.)

Georges. — Monsieur l’Inspecteur, je suis confus que vous vous soyez dérangé vous-même. Enfin, si c’est pour