Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/20

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Me sera bien séante en cette occasion. [10]

Nature, confonds-les, c'est ici ton office :

Tout dépend de toi seule, et rien de l'artifice :

Viens te montrer, mon sein, qui les as allaités ;

Avancez-vous, mes bras, qui les avez portés ;

Toi, flanc incestueux dont il sont pris naissance, [15]

Viens, s'ils ont du respect, faire voir ta puissance.



Scène II


Jocaste, Ismène, Antigone



Antigone

Madame, il n'est plus temps.


Jocaste

Comment ! Ces enragés

Gisent-ils déjà morts l'un par l'autre égorgés,

Ou la troupe Thébaine a-t-elle été défaite ?


Antigone

Non, mais le combat cesse, et le roi fait retraite : [20]

C'est ce que de la tour j'ai clairement pu voir ;

Et son retour dans peu vous le fera savoir.


Jocaste

Ce cœur dénaturé, teint de sang de son frère,

Se vient-il rafraîchir dans les bras de sa mère ?

S'y vient-il réjouir de cet acte inhumain, [25]

Et ne prétend-il point des lauriers de sa main ?

Oui, le coup en mérite, il part d'un grand courage ;

Il s'est soustrait d'adresse, et pour un bel ouvrage.


Ismène

Peut-être que le ciel, qui préside aux combats,

En disposera mieux que vous n'espérez pas. [30]


Antigone