Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/26

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Pour qui je serais sourd à toute la nature ;

Que mon père à mes vœux s'opposât mille fois, [160]

J'accepterais ce point de ce que je lui dois :

Nulle raison d'État, nul respect de couronne,

Ne pourraient ébranler la foi que je vous donne ;

À toute autorité je fermerais les yeux,

Et je ferais beaucoup de respecter les dieux. [165]


Antigone

Quoique la même foi que je vous ai donnée

Ma permit de parler touchant notre hyménée,

L'orage prêt à choir dessus notre maison

Me défend ce discours comme hors de saison ;

Outre qu'ainsi qu'à vous certaine voix secrète [170]

(Comme notre génie est quelquefois prophète)

D'une aveugle frayeur tout le sein me remplit,

Et me parle bien plus d'un tombeau que d'un lit :

Tournons donc nos pensées du côté de l'orage

Qui menace l'État d'un si proche naufrage : [175]

Ce combat, cher Hémon, au moins s'est-il passé

Sans la mort de mon frère, ou sans qu'il soit blessé ?


Hémon

Madame, c'est ici que je vous ai servie :

Polynice est vivant, mais il vous dois la vie.

Certes jamais lion, par un autre irrité, [180]

Au combat plus ardent ne s'est précipité,

Que ce jeune lion, chef des troupes de Grèce,

N'a fait voir contre nous de courage te d'adresse.

Son cœur payait d'un bras dont les coups furieux

À peine s'acquéraient la créance des yeux : [185]

Seul il force nos rangs, et de taille et de pointe

Ne trouve armet si fort, ni lame si bien jointe,