Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Oedipe, quoi ! Tes yeux par tes mains arrachés,

Tes mânes par ta mort de ton corps détachés,

Ton sceptre abandonné, tout ton royaume en armes,

Tes enfants divisés, nos soupirs et nos larmes, [135]

Ne peuvent faire encore qu'un innocent péché

Moins de toi que du sort, ne te soit reproché ?


Hémon

Ce malheur est commun avec notre misère,

De rougir comme vous des fautes de mon père,

Qui, forçant tout respect, ose bien à vos yeux [140]

(Ces astres qui pourraient en imposer aux Dieux)

Passer insolemment jusqu'à cette licence ?

(L'amour a dérobé ce mot de naissance.)

Mais, Madame, mon sens ne s'est point démenti,

Et je ne puis tenir pour un mauvais parti, [145]

Cet esprit violent, si ma crainte n'est vaine,

Pour les siens et pour soi promet beaucoup de peine ;

Et je n'ose vous dire une secrète peur

Que m'imprime en l'esprit cette mauvaise humeur.


Antigone

Quoi ! Touchant notre hymen ?


Hémon

Ma passion, Madame, [150]

M'a bien pu sans sujet mettre ces peurs en l'âme ;

Non, un si beau dessein ne peut mal succéder ;

Le ciel, qui de sa main daigna nous accorder,

Doit faire que l'effet à l'attente réponde ;

La première faveur l'oblige à la seconde. [155]

De ma part je proteste, en ces divines mains,

Qu'au moins je forcerais tous obstacles humains,

Et que m'ôter à vous serait une aventure