Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/54

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Scène V


Antigone, Ismène.

Antigone

C'est bien visiblement, ma sœur, ma chère Ismène,

Que le ciel aujourd'hui nous déclare sa haine,

Et que son bras vengeur, poussé par son courroux;

Poursuit encore Oedipe et le punit en nous :

Sa parricide erreur nous fut un coup funeste, [810]

Et, vierges, nous portons la peine d'un inceste.

Nos deux frères sont morts, ma mère suit leurs pas,

Et le ciel toutefois ne se satisfait pas ;

Il suscite un tyran élevé par leur chute,

Dont le règne insolent déjà nous persécute, [815]

Qui veut priver les morts du repos des tombeaux

Et vouer notre sang à la soif des corbeaux.


Ismène

On dresse par son ordre un appareil célèbre

Pour honorer le roi de la pompe funèbre,

Et, comme un défenseur de l'État et des siens, [820]

Il lui fait décerner les honneurs anciens :

Mais il veut que cent ans l'auteur de cette guerre,

Ombre vaine et plaintive, aux noirs rivages erre,

Et défend que son corps, sans d'Oedipe et de nous,

Ait d'autre monument que le ventre des loups : [825]

Telle qu'est cette loi, telle est aussi la peine ;

La première est impie et l'autre est inhumaine ;

Car entre elles il met ce funeste rapport

Qu'on enterrera vif qui l'enterrera mort.


Antigone