Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/61

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Les mêmes, Antigone|n}}


Ménette

Madame, contenez la douleur qui vous presse ; [955]

Nous sommes aperçus, quelqu'un vers nous s'adresse.


Antigone, à Argie

Quel dessein téméraire adresse ici tes pas ?


Ménette

Ce qui l'y fait venir ne vous regarde pas.


Antigone

Vient-elle ôter aux morts les larmes que je verse,

Et mettre empêchement à ce triste commerce ? [960]

Quel intérêt l'y pousse, et quel est son souci ?

Ce soir est tout à moi, seule j'ai droit ici.


Argie

Si quelqu'un de ces morts vous cause de la peine,

Et si, comme je crois, même dessein nous mène,

Si même Créon vous craignez le courroux, [965]

Je pourrai sans danger me déclarer à vous :

Hier femme, aujourd'hui veuve de Polynice,

Je venais à son corps rendre un dernier office,

Croyant qu'à la faveur du voile de la nuit...


Antigone, l'embrassant

Est-ce Argie ? Ô ma sœur ! Quel bonheur me conduit ? [970]

Ou plutôt quel destin, à mon bonheur contraire,

Fait que quand je vous vois je ne vois plus mon frère ?

Tant qu'il eut ce plaisir, ses sœurs ne l'eurent point ;