Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/60

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L'infection des corps vient déjà jusqu'à nous ;

Ici furent portés et rendus tant de coups ; [930]

Voici le champ fertile en tant de funérailles :

Thèbes n'est pas fort loin, j'entrevois ses murailles.


Argie

Ô Thèbes ! Autrefois l'objet de mes désirs,

Maintenant le sujet de tous mes déplaisirs,

À qui pourtant le ciel soit encore propice, [935]

Si ta piété me rend le corps de Polynice ;

Tu vois en quel état, femme et sœur de tes rois,

Je me présente à toi pour la première fois.

Vois, perfide cité, quelle pompe environne

Celle qui justement prétendait ta couronne : [940]

Ce n'est pas elle aussi qui guide ici mes pas,

Et mon ambition ne te déplaira pas :

Je ne cherche qu'un mort, je ne peux que sa cendre ;

Je ne t'ôte qu'un soin que tu ne daignes prendre :

Ma le dénieras-tu ? Rends, cruelle, rends-moi [945]

Celui que tu chassais comme indigne de toi,

À qui tu fus perfide autant que légitime,

Qui fut ton roi sans sceptre et ton banni sans crime.

Et toi, mon cher époux s'il reste après les morts.

Quelques mânes errants à l'entour de leurs corps, [950]

Guide-moi par les tiens à ce funeste office ;

Que Polynice m'aide à trouver Polynice ;

C'est toi seul que je cherche en ces funestes lieux ;

Daigne encore une fois te montrer à mes yeux.



Scène VII

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