Page:Jevons - La monnaie et le mécanisme de l’échange.djvu/10

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trop aisés en achetant aux uns pour revendre aux autres. Toutes ces difficultés disparaissent si l’on choisit une des marchandises, et si l’on fixe le taux auquel elle doit s’échanger contre chacune des autres. Sachant combien de blé on peut acheter pour une livre d’argent, et d’autre part combien de cire pour la même quantité d’argent, nous savons sans autre difficulté combien il faut de blé en échange de cette même quantité de cire. La marchandise choisie devient ainsi un commun dénominateur, ou une commune mesure de valeur, elle nous fournit les termes dont nous nous servons pour évaluer tous les autres objets, de sorte que leurs valeurs respectives peuvent se comparer sans difficulté.

nécessité des moyens de subdivision.

Un troisième inconvénient de l’échange, moins grave peut-être, vient de ce qu’une foule d’objets ne peuvent se diviser. Un tas de blé, un sac de poudre d’or, une certaine quantité de viande peuvent se partager, et l’on peut en donner une partie plus ou moins considérable en échange de ce qu’on veut obtenir. Mais le tailleur, ainsi que nous le rappellent plusieurs traités d’économie politique, a beau avoir un habit tout prêt pour l’échange ; cet habit dépasse peut-être de beaucoup en valeur le pain que le tailleur demande au boulanger, ou la viande du boucher. Il ne peut couper son habit en morceaux sans détruire la valeur de son ouvrage. Il est évident qu’il a besoin de quelque moyen d’échange, d’une marchandise contre laquelle il cèdera l’habit, de sorte qu’il pourra céder ensuite une partie de la valeur de cet habit pour du blé ; d’autres parties pour de la viande, du combustible, pour les choses dont il a besoin chaque jour, tout en en conservant peut-être une partie pour des besoins à venir. Cet exemple suffit : il est clair qu’il nous faut un moyen de diviser et de distribuer la valeur selon nos différents besoins.

De nos jours le troc se pratique encore quelquefois, même dans les pays les plus avancés au point de vue du commerce, mais seulement dans les cas où l’on n’en sent pas les inconvénients. Les domestiques reçoivent une partie de