Page:Jevons - La monnaie et le mécanisme de l’échange.djvu/283

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Les habitudes commerciales des différents peuples sont si variées, qu’on ne peut évidemment établir aucune proportion entre le total du numéraire que possède un pays et celui des échanges qui peuvent être effectués avec ce numéraire. Quand même nous aurions des données suffisantes sur le montant du numéraire dans tel ou tel pays, nous devrions penser que ces données nous indiquent, non pas l’abondance ou la rareté relative de la monnaie, mais le degré auquel s’élèvent dans ce pays la civilisation et la prévoyance, ou la perfection à laquelle il est arrivé dans l’organisation de ses banques.

conclusion.

De toutes ces considérations il résulte, que la seule bonne méthode pour régler la quantité totale du numéraire, c’est de le laisser parfaitement libre de se régler lui-même. Il faut que la monnaie trouve son niveau comme l’eau ; il faut qu’elle afflue dans un pays ou s’écoule au dehors, suivant les fluctuations du commerce, qui ne peuvent être ni prévues, ni prévenues par aucun gouvernement. La manière dont on emploie le papier, pour représenter et remplacer une partie du numéraire métallique, doit être réglée d’une manière rigoureuse ; car, autrement, on ferait croire à l’existence d’une monnaie métallique qui n’existerait pas. Mais la quantité de la monnaie elle-même ne peut pas plus être réglée que les quantités de blé, de fer, de coton ou d’autres marchandises ordinaires produites ou consommées par une nation. Nous devons aussi reconnaître qu’il est bien difficile de distinguer avec précision et avec sûreté les points où le législateur doit intervenir dans la surveillance du numéraire et établir une règle fixe, de ceux où il faut laisser faire, laisser passer.

Si nous comparons nos lois d’aujourd’hui relatives au numéraire et au commerce, avec celles qui existaient presque partout entre le dixième et le quatorzième siècle, nous constaterons un double progrès fort curieux. On s’accorde unanimement aujourd’hui à laisser libres une foule de choses que nos ancêtres essayaient de régler par des lois ; mais d’autres