Page:Jevons - La monnaie et le mécanisme de l’échange.djvu/74

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il y a une tendance naturelle à l’avilissement de la monnaie métallique, tendance qui ne peut être combattue que par la surveillance constante du gouvernement.

De la loi de Gresham nous pouvons conclure que deux précautions sont nécessaires dans les règlements qui concernent la monnaie. Premièrement les pièces normales, quand elles sortent de la Monnaie, doivent avoir autant que possible le poids normal ; autrement la différence tournera au profit du commerçant en métal et de l’exportateur. En second lieu il faut prendre des mesures efficaces pour retirer de la circulation toutes les pièces qui sont descendues par le frai au-dessous du poids légal ; autrement elles continueront à circuler pendant un temps indéfini comme monnaies à valeur conventionnelle. Tout commerce consiste dans l’échange de marchandises d’égale valeur, et la monnaie principale doit être composée de pièces de métal d’un contenu métallique si exactement égal, que tout le monde, y compris les commerçants en métaux, les banquiers, et tous ceux qui spéculent sur la valeur des monnaies, substitue indifféremment une pièce à l’autre. Mais il est clair que ces remarques ne s’appliquent pas aux monnaies qui n’ont qu’une valeur conventionnelle, puisque la valeur courante de ces jetons dépasse leur valeur métallique ; donc toute personne qui les emploiera autrement que comme monnaie perdra la différence. Le poids de ces monnaies est donc relativement de peu d’importance, tant que le public les reçoit et que l’écart entre la valeur métallique et la valeur monétaire n’est pas une tentation trop forte pour le faux monnayeur.

Actuellement en Angleterre la force de l’habitude et l’absence des moyens de vérification chez le public, tendent à produire par le frai une diminution dans la valeur de nos monnaies d’or. Pour qu’un souverain ait sa valeur légale, il faut que son poids soit au dessus de 122 grains 5 dixièmes ; mais, dans le commerce ordinaire, on continue à donner et à recevoir sans y faire attention des souverains dont la valeur métallique a souvent diminué de 2, de 4, et parfois de 6 et 8 pence. Toute pièce à valeur réelle tend ainsi à devenir une pièce à valeur conventionnelle, et des pièces de ce genre ne peuvent être retirées de la circulation que par l’état.