Page:John Ruskin par Frédéric Harrison.djvu/78

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ture vénitienne. Le fils était impétueux, le père obstiné. John reconnaît quant à lui qu’il était « obstiné autant qu’impétueux » et « persuadé de plus en plus chaque jour que les autres avaient toujours tort ». Mais il cherche à nous persuader que cette arrogance ne vient pas de la vanité, mais de ses chagrins. « Ne m’accusez pas d’être présomptueux, dit—il, si j’ai voulu ne suivre que la nature » ; il n’a jamais cherché qu’à connaître, puis à enseigner la vérité, jamais il n’a recherché la gloire. Et cela est absolument vrai.

Ils retournèrent tous à Chamonix où il reprit ses études sur les rochers et les glaciers avec un profond ravissement. Les pédants qui se moquaient tant des phrases sonores de ses livres sur l’art, comme de pièges recouverts de mots colorés pour attraper les badauds, auraient été bien surpris de retrouver dans son journal intime, à cette époque, les mêmes peintures réalistes et la même surabondance de style. Ce n’était que de simples notes, jetées le soir sur son cahier, destinées à n’être lues que de lui et à fixer ses impressions ; et voici qu’elles ont la précision, le brillant et la musique même de ses livres les plus achevés. Ruskin, comme l’« Hérode » de Stephen Phillip, « pensait avec des mots dorés et rêvait avec des mots d’argent », même dans ses plus intimes méditations. Les notes de son journal éclosaient spontanément