Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, Eugène Fasquelle, 1904, Tome 4.djvu/28

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sonnier Couyba[1] cria que « c’était le langage d’un Français », et Déroulède, qui n’oubliait jamais qu’il incarnait le patriotisme, répondit : « Merci pour la France ! »

Alors, enfin, Cavaignac produisit ses preuves : trois pièces choisies « entre mille pièces de correspondance échangées, depuis six ans, entre des personnes qui s’occupaient activement, et avec succès, de l’espionnage », et deux du dossier des aveux, un document suspect et quatre faux.

Il en donna lecture et les commenta.

D’abord, la lettre de Schwarzkoppen à Panizzardi, de septembre 1896, qu’Henry avait datée de mars 1894, avec l’initiale D… qu’il avait substituée, sur un grattage, au nom, qui commençait par un P, de quelque obscur fournisseur de l’attaché allemand[2].

Puis, la lettre Canaille de D…, et de celle-ci, comme de la précédente, il affirma que « c’était bien de Dreyfus qu’il s’y agissait », — du riche et ambitieux officier qui allait lui-même livrer sa marchandise à son employeur et promettait « de faire tout son possible pour satisfaire » l’autre attaché militaire, qui l’avait congédié[3].

Cependant, « un certain doute pourrait subsister du

  1. Radical socialiste. — Le centre fut d’abord silencieux : « Je dénonce le silence du centre ! » s’écria un autre radical, Alphonse Humbert. Le compte rendu sténographique a conservé d’autres interruptions enthousiastes des députés de gauche : « Voilà un langage républicain et Français ! » (Devèze.) « Voilà le langage d’un républicain et d’un Français ! » (Mirman.) « Ce sont là des paroles qui réconfortent. » (Augé.)
  2. Voir t. II, 388. — Bertillon, lors de l’enquête de la Cour de cassation, expertisa que le D avait été récrit sur un autre D. L’enquête du général André (en 1903) révéla que le nom de l’individu « qui apportait beaucoup de choses intéressantes » commençait par un P.
  3. Voir t. ier, 31.