Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/121

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L’expert de la Banque de France avait conclu « que la lettre anonyme pourrait être d’une autre personne que celle soupçonnée » ; le chef du service anthropométrique avait évoqué l’hypothèse d’un document frauduleux. Si le rapport de Bertillon se rapprochait plus des désirs de l’État-Major que celui de Gobert, ce n’était pas l’écrasante affirmation qu’on attendait[1].

XXII

Cependant Gonse, ayant les ordres de Mercier, décide de, passer outre. On en sera quitte, plus tard, pour affirmer que le rapport de Gobert était suspect, que celui de Bertillon concluait, sans réserve, à l’identité des écritures.

La veille, pendant que Gobert travaillait à son expertise, Du Paty communiquait son plan à Cochefert.

  1. Le rapport de Bertillon n’en sera pas moins allégué par Mercier et par Boisdeffre comme ayant été la cause déterminante de l’arrestation précipitée de Dreyfus. — Mercier : « M. Bertillon déclara qu’il y avait identité entre le bordereau et les pièces de comparaison ; il fallait agir et je donnai l’ordre d’arrestation le 14 octobre. » (Cass., I, 4.) « La conclusion de M. Bertillon fut que les écritures étaient identiques ; je me décidai alors à procéder à l’arrestation de Dreyfus. » (Rennes, I, 89.) — Boisdeffre : « Devant les affirmations catégoriques de M. Bertillon, le général Mercier estima qu’on devait mettre en arrestation préventive le capitaine Dreyfus. » (Cass., I, 260.) « Devant les affirmations catégoriques de M. Bertillon… » (Rennes, I, 519.)

    Ces paroles ont été prononcées sous la foi du serment ; elles n’étonneront que ceux qui ignorent la morale des Jésuites. « Le serment, dit Marotte, n’oblige pas quand on ne peut l’accomplir sans encourir un grave dommage. » « Capien, homme saint et docte, dit le Père Lacroix, pense que le mensonge officieux est quelquefois permis. » — Le général de Boisdeffre avait pour confesseur le Père Du Lac.