Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/135

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inconnus ? Ce discipliné ne peut pas répondre à l’insulte ; ses muscles répondent pour lui. En tout cas, le rictus nerveux aurait suivi, non pas précédé l’interpellation.

Au procès de 1894, la défense fait observer qu’il n’y a pas de trace sensible de trouble dans la dictée de Dreyfus ; ainsi l’interrogation : « Qu’avez-vous ? vous tremblez ! » est toute gratuite. Du Paty déclare alors que l’accusé, en effet, n’a pas « bronché ». Mais il savait « avoir affaire à un simulateur ; il était certain que Dreyfus s’attendait à quelque chose ; il en a fait l’expérience ; si Dreyfus n’avait pas été averti, il se serait troublé ; donc, il simulait[1] ». C’est « pour ébranler son assurance » qu’il lui a lancé sa véhémente interpellation.

Enfin, au procès de 1899, Du Paty dépose à nouveau que Dreyfus se troubla ; mais ce trouble ne se traduit plus « que par une série de mouvements nerveux de la mâchoire[2] ».

Ainsi, Dreyfus est coupable, s’il se trouble ; plus coupable encore, s’il ne « bronche » pas. Et il est avéré, d’après Du Paty lui-même, que Dreyfus ne tremblait pas quand il l’en accusa.

L’évidence, c’est que l’insulte avait cinglé Dreyfus et marqué son passage. Cochefert s’aperçut de cette rapide émotion, mais, seulement, « après cette interpellation de Du Paty[3] ». Et comme il était convaincu que l’État-Major avait la preuve du crime, il eut « l’impression que Dreyfus pourrait être coupable[4] ». Or,

  1. Cass., I, 129, Picquart.
  2. Rennes, III, 507, Du Paty.
  3. Rennes, III, 520, Cochefert.
  4. « Cochefert, avec sa grande expérience, y a vu un indice que le capitaine Dreyfus pouvait être coupable. » (Rennes, III, 507, Du Paty).
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