Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Une autre fois, environ une semaine après l’arrestation, il arriva, « d’un air particulièrement triomphant ». Et tout de suite : « J’ai dans ma poche la preuve absolue de sa culpabilité. »

Quelle preuve, qui a disparu depuis ? Elle le supplie de s’expliquer. D’un bel élan, elle affirme plus haut encore l’innocence de son mari.

D’autres fois, comme les pieux mensonges étaient les seuls qu’il s’interdît, il lui disait que son mari était très malade. Une seule fois, en vingt jours, il lui remit un billet qu’il avait autorisé Dreyfus à écrire : « Je t’assure de mon honneur et de mon affection. » Elle le relut cent fois, le baignant de larmes.

Surtout, il lui commandait toujours le silence, seule chance de salut, et sous la menace des pires catastrophes : « Un seul mot, et c’est la guerre ! » Elle obéissait, n’avait parlé qu’à sa mère[1], sans apercevoir la contradiction entre cette certitude de Du Paty que son mari est coupable d’un crime hideux, et ce silence qui le peut sauver quand même.

Il repartait, le monocle à l’œil, d’un pas sautillant. Elle éclatait en sanglots. Mais la servante survenait, ou la nourrice avec la petite fille sur les bras, ou le petit Pierre qui s’étonnait de l’absence de son père. Elle séchait ses yeux, dévorait ses larmes, et souriait.

X

Quand Du Paty avait dit à Dreyfus, dans son premier interrogatoire, que « les experts » constataient l’identité

  1. Du Paty avait donné le même ordre à Mme Hadamard, le 16 octobre, quand elle accompagna sa fille au ministère de la Guerre.