Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/217

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ment différente de la sienne, condamner un camarade ?

Il ne se contenta pas de dénier l’écriture de la lettre missive : il prouva encore que le texte même ne pouvait pas, sans absurdité, indépendamment de toute expertise, lui être attribué[1].

L’auteur de la lettre écrit : « Je vais partir en manœuvres. » Or, Dreyfus n’est pas allé aux manœuvres ; il n’a fait, en juin, qu’un voyage d’État-Major. Ces deux : expressions, aller en voyage d’État-Major, aller en manœuvres, ne peuvent s’employer l’une pour l’autre ; un officier instruit, qui sait la propriété des termes, ne fera jamais cette confusion.

Dans son interrogatoire du 20 octobre, Dreyfus imaginait qu’un ennemi inconnu avait pu ramasser dans son panier des fragments quelconques, peut-être le brouillon d’une lettre où il discutait avec un camarade[2] un problème du jeu de la guerre. Du Paty lui demanda si cette lettre ne se terminait pas par ces mots : « Je pars en manœuvres. » La lettre originale sera produite au cours de l’instruction judiciaire ; Dreyfus a écrit : « Je pars, la semaine prochaine, en voyage d’État-Major. »

Il n’est pas allé aux manœuvres ; donc, l’auteur du bordereau et de la trahison, ce n’est pas lui.

Si l’on admet toutefois l’équivalence des termes, le bordereau serait du mois de juin : dans cette hypothèse, Dreyfus a-t-il connu, à cette date, les documents qui y sont énoncés ?

Il a connu, dès 1889, le principe du frein du 120 ; mais jamais, à aucun moment de sa carrière, il n’a possédé aucun document sur la structure intime, le

  1. Enquête Du Paty, interrogatoire du 29 octobre. Mêmes déclarations, plus ou moins détaillées, à l’instruction D’Ormescheville, notamment à l’interrogatoire final du 29 novembre.
  2. Son cousin, le capitaine Hadamard.