Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/220

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Démissionnaire de ses fonctions de professeur, incompatibles avec son mandat de député, il retombait, selon les jurisconsultes du ministère, sous le coup de la loi de recrutement. Mercier avisa la Chambre que Mirman serait incorporé le 16 novembre.

Les radicaux et les socialistes s’élevèrent avec beaucoup de véhémence contre cette décision ; ils soutinrent que l’autorité militaire ne peut pas priver un député de l’exercice de son mandat, un collège électoral de son représentant, de sa part de souveraineté. Dupuy et Mercier répliquèrent que le service militaire est dû par tous, quel que soit le titre ou le mandat de celui qui le doit.

Leurs discours, surtout celui de Mercier, furent hachés d’interruptions passionnées. Brisson posa ainsi la question : « Est-ce le suffrage universel, est-ce le ministre de la Guerre qui est le maître ? » Et quand la Chambre eut donné raison au Gouvernement[1], ce fut, à l’extrême gauche, une explosion de fureur. Ces cris de Jaurès éclatèrent dans le tumulte : « Chambre servile ! Vote d’esclaves ! À bas la dictature ! Il n’y a plus de Chambre ! » Des députés montraient le poing aux ministres.

Mercier surtout, harcelé par la gauche, soutenu à regret par le centre, avait senti l’hostilité de la Chambre. Il a pu repousser cet assaut ; pourra-t-il résister à l’assaut de demain, où il sera seul en cause, quand la commission de l’armée l’interpellera sur la désorganisation des régiments, énervés ou vidés ? Et que lui réserve l’affaire, inconnue encore, mais qui va éclater, d’autant plus dangereuse qu’il a essayé de la tenir secrète ?

  1. Par 302 voix contre 205. La majorité était composée du centre, de la droite et d’un certain nombre de radicaux ; Bourgeois, notamment, s’était séparé de Brisson.