Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/248

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de la Guerre[1]. Le général Riu, député d’Indre-et-Loire, l’atteste à un rédacteur de la Libre Parole : « Il n’y a pas de doute ; il a livré à l’ennemi le nom de ses camarades. Il les vouait ainsi à une condamnation certaine, à la prison, à la mort peut-être. Ce crime est le plus lâche, le plus immonde qu’on puisse imaginer[2]. » Les journaux précisent. C’est Dreyfus qui a dénoncé à l’Italie le capitaine Romani[3] ; à l’Allemagne, les deux officiers de marine, Degouy et Delguey-Malavas, arrêtés, en 1898, à Kiel[4], et Mme Ismert, détenue encore à Metz[5], et tant d’autres. Au surplus, il en a fait l’aveu[6].

Donc, tous les actes de trahison et d’espionnage dont les auteurs sont restés inconnus, et ce crime imaginaire, la prétendue dénonciation de nos officiers à l’étranger, c’est Dreyfus qui les a commis. Ce bloc énorme est sur lui, un monde de forfaits. Il n’est pas un espion comme dix autres. Bonnet, Châtelain, des chrétiens qui n’ont livré que des bagatelles. Il est le génie infernal de la trahison, le Traître.

Pourtant, quoi qu’on fasse, il viendra un jour où Dreyfus criera publiquement son innocence. Grave danger ! Pour que ce cri se perde alors, clameur de comédie, dans une huée formidable d’incrédulité, on en fera, par avance, un mensonge ; on imprime tous les jours, comme on l’a annoncé dès le premier, que le scé-

  1. Petit Journal, Matin, Libre Parole, Figaro (avec une réserve) du 2 novembre ; Croix, Intransigeant du 3 ; Autorité du 6 ; Écho de Paris du 7 ; Intransigeant du 8 ; Gil Blas du 9 ; Pèlerin du 10.
  2. Libre Parole du 2.
  3. Intransigeant du 7 ; France du 4 ; etc.
  4. Libre Parole du 2 et du 6 ; Intransigeant du 8 ; puis, tous les journaux.
  5. Intransigeant du 8.
  6. Écho de Paris du 7. Je tiens de Lane, inspecteur général à la gare de Cologne, que, vers 1890, un agent que l’État-major allemand avait à Paris signala des officiers français qui devaient visiter les bords du Rhin sous un déguisement et envoya leur photographie au Thiergarten. Les officiers furent reconnus, en effet, mais s’aperçurent qu’ils étaient filés et gagnèrent la frontière. Henry était, sans doute, au courant de l’incident.