Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/258

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ces charges leur soit attestée par un commentaire officiel, d’ordre même du ministre ?

Il n’y a point de bataille qui ait été gagnée d’après un programme ; ce grand crime n’a pas été conçu d’une seule inspiration. Tous les instigateurs de l’affaire vivaient au jour le jour, poussés par la fraude ou par la lâcheté d’hier à la fraude ou à la lâcheté de demain, sans autre idée générale que celle de se sauver, de sauver leurs mises par la perte de Dreyfus, moins meneurs que menés par la logique, par le développement de la faute initiale dans des âmes basses.

Toutefois, deux faits sont constants : les journaux, qui reçoivent l’inspiration d’Henry, ont affirmé, annoncé, dès la première heure, que le procès serait jugé à huis clos ; et cette polémique de Drumont contre Mercier cessera, tout à coup, dès que la constitution d’un dossier secret, à communiquer aux seuls juges, aura été consentie. L’article où la Libre Parole passera du côté de Mercier mentionne nettement cette clause de la capitulation.

On peut croire que Drumont a ignoré, au début, le but précis de la campagne contre Mercier ; sur la parole d’Henry, informateur éprouvé qui lui avait révélé l’arrestation et le nom de Dreyfus, il a pu supposer ou craindre que Mercier, vraiment, cherchât à sauver le prisonnier du Cherche-Midi. Il n’est pas le scélérat parfait, sans tare, sans parcelle aucune d’un fanatisme sincère. Mais quand Drumont fera cesser le feu, il saura pourquoi : il a reçu l’assurance que le juif, coûte que coûte, sera condamné. Et qui, sinon un innocent, condamne-t-on ainsi ?