Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/259

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XII

La base de l’opération a été choisie avec une remarquable habileté : pourquoi cet ordre de silence au lendemain de l’arrestation de Dreyfus, cette longue enquête mystérieuse qui durerait encore, si la Libre Parole n’avait pas jeté le cri d’alarme ?

Pourquoi, sinon pour négocier avec les Rois de l’Or ?

Henry sait la raison de ce silence. Mais il s’en tait et s’arme contre Mercier de sa première faute, de cette première lâcheté d’avoir fait arrêter Dreyfus, malgré Saussier et malgré Hanotaux, par la seule crainte des divulgations de la presse.

Tout de suite, Papillaud le lui dit de haut : « Avant de faire mettre par des argousins la main au collet d’un capitaine, avant de prendre une détermination aussi grave, nul doute que le ministre avait réuni auparavant toutes les preuves de la culpabilité. » Bien plus, aussitôt arrêté, Dreyfus « avait fait des aveux complets ». Qu’avait donc attendu Mercier pour ouvrir l’information[1] ?

Or, l’argument porte sur l’opinion qui n’imagine pas, en effet, que le chef de l’armée ait pu faire arrêter un officier même juif, — « surtout un juif », dit Drumont — sans être cent fois certain de son crime.

Dès lors, « il est avéré que, si l’arrestation de Dreyfus a été tenue secrète, c’est que ce misérable est juif ». Mercier, trahissant tous ses devoirs, « n’a eu qu’une pensée, qu’un désir : étouffer l’affaire ». « C’est la jui-

  1. Libre Parole du 2 novembre.