Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/300

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velles. Tout ce qu’avaient raconté les journaux n’était que « suppositions » ; « il n’y avait pas eu une seule pièce détournée ; les renseignements livrés n’avaient pas l’importance qu’on leur attribuait, et Dreyfus s’obstinait à se dire innocent ». Mercier insistait sur son parfait accord avec Boisdeffre ; méchants bruits que ceux qui ont couru sur leurs divergences ; il y a toujours eu, entre eux, unité de vues, d’opinion. Il proteste qu’aucune indiscrétion n’a pu venir « d’un seul de ses officiers ».

Ce démenti tardif, donné à des journalistes, dans une causerie familière, ne détruisit aucune des légendes cristallisées déjà dans l’âme du peuple. L’eau, glissant sur le marbre, laisse plus de traces.

Mais ni Mathieu Dreyfus ni personne n’observèrent alors que ce démenti ne fut relevé par aucun des journaux qui avaient déchaîné l’ouragan des mensonges. Silence significatif, cependant, puisqu’il coïncidait avec la brusque cessation des attaques contre Mercier, devenu tout à coup grand homme et patriote impeccable.

Le ministre de la Guerre avait capitulé, promis la condamnation de Dreyfus ; de nouveaux mensonges étaient inutiles ; ceux d’hier avaient fait leur œuvre, continuaient à la faire dans les esprits. Il n’y avait plus qu’à attendre, tranquillement, l’imminente victoire.

Une grande accalmie se fait dans la presse antisémite. Les journaux, de toutes nuances, continueront à publier des articles sur l’affaire en cours. Mais Drumont, Rochefort, le moine de la Croix et Judet arrêtent leurs polémiques, comme ils les avaient commencées et comme ils les reprendront, tous ensemble, au signal d’un archet.

Mercier n’eut garde de communiquer à ses collègues les pièces qui avaient été réunies au bureau des rensei-