Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/299

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relative à « ce canaille de D… », qui s’offrait pour quelques louis. — Un peu plus tard, après l’ordre de mise en jugement, il annoncera que certaines de ces pièces, d’une nature trop secrète, « ne seront pas communiquées à la défense, mais simplement montrées aux juges[1] ».

Ni Boucher ni Picquart ne s’en indignèrent, tant la notion du Droit était vague même dans l’âme des plus honnêtes soldats, tant aussi ils avaient confiance en leurs chefs, incapables, évidemment, d’arguer de preuves secrètes, si elles n’étaient solides et décisives. Mercier et Boisdeffre affirmaient, par la bouche de Du Paty, que la preuve de la trahison était au dossier secret ; ils le crurent, sans s’étonner autrement de ce qui ne leur sembla qu’une irrégularité de procédure, dictée par les besoins de la politique.

À l’État-Major, l’existence d’un dossier secret fut bientôt connue de nombreux officiers. Mais si haute était la muraille entre le ministère de la Guerre et le reste du pays que rien ne transpira, sauf de légères allusions dans quelques journaux.

Quelque imprécises que fussent ces allusions, elles auraient dû frapper Mathieu Dreyfus qui, sans communication avec son frère, cherchait avec angoisse la clef du mystère. Mais les mille mensonges, déjà accumulés par ces journaux, le rendaient sceptique à leurs informations ; ces parcelles de vérité, d’un prix inestimable s’il les avait reconnues, se confondirent pour lui dans le flot des inventions courantes. Bien plus, ce fut ce moment que choisit Mercier pour démentir, dans deux conversations successives[2], le bloc des fausses nou-

  1. Rennes, I, 379, Picquart.
  2. Journal du 17 et Matin du 18 novembre.