Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/318

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Mais, cette pièce, bien que connue de Sandherr et d’Henry, n’a pas été produite. Et D’Ormescheville, par ignorance, se déroba à toute discussion technique.

Dreyfus renouvela à D’Ormescheville la prière qu’il avait en vain adressée à Du Paty de le faire recevoir par Mercier : « Ce que j’ai de plus cher au monde, c’est mon honneur ; je défie qui que ce soit de me le prendre. » Il termina par cette déclaration : « Voilà plus de six semaines que je suis au secret, que je souffre le plus épouvantable martyre qu’un innocent puisse supporter. Alsacien, d’une famille protestataire, j’ai abandonné ma situation en Alsace pour venir servir mon pays avec dévouement. Aujourd’hui, comme hier, je suis digne de mener mes hommes au feu[1]. »

II

D’Ormescheville, dans l’intervalle, avait entendu encore quelques témoins. Le capitaine Maistre raconta que Dreyfus avait proposé, un jour, de procurer des indications utiles sur la mobilisation allemande, en faisant interroger certains ouvriers ou contre-maîtres de l’usine familiale à Mulhouse. Le capitaine Tocanne, son camarade de l’École de guerre, dit qu’il est hâbleur, obséquieux[2] ; Dreyfus lui a acheté 40 francs un album de photographies. Le capitaine Dervieu a été

  1. 29 novembre.
  2. « J’étais plutôt réservé. Jamais, à l’École de guerre, contrairement aux habitudes de tous mes camarades, je n’ai fait de visites à mes chefs, ni seul ni avec ma femme. Je n’ai jamais cherché à arriver par l’intrigue. » (Notes de Dreyfus au dossier de 1894.)