Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/32

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pour la police intérieure. Grousset affirma que ce grand chef découragé, c’était Galliffet ; il réclama une instruction judiciaire.

Mercier apporta à la tribune une dénégation formelle. Aux exclamations d’une partie de l’extrême gauche, il réplique par une apologie vibrante de l’officier dénoncé, rappelle la charge héroïque de Sedan, en lit le récit d’après le rapport de l’État-major général allemand : « Ses cheveux ont blanchi, mais son cœur et son tempérament sont restés les mêmes ; c’est le cœur et le tempérament du plus crâne batailleur que j’aie jamais rencontré dans ma vie ; accuser Galliffet de défaillance, c’est associer des mots qui hurlent de se voir accouplés ! »

La Chambre, moins l’extrême gauche, acclame le ministre de la Guerre, vote un ordre du jour qui flétrit « les accusations odieuses si légèrement produites », exprime sa confiance « dans l’armée de la République, dans l’honneur et le patriotisme de ses chefs »[1].

Mercier avait eu le démenti hardi. Des boutades inconsidérées, puis exagérées et grossies, de Galliffet avaient servi de texte au discours qui avait paru dans le Figaro. Il avait eu, de tout temps, le verbe abondant, emporté, sans mesure ; il parlait, comme il chargeait, à coups de sabre. Ignorant des mœurs nouvelles de la presse, il s’était laissé aller, devant des journalistes, comme dans un salon, à sa verve frondeuse. Le directeur du journal, Magnard, aurait dû refuser l’article. Quoi ! un article retentissant, qui fera du bruit ! Il le publia. La haine aussitôt s’en empara, celle des vaincus de la Commune qui ne pardonnaient pas à Galliffet son rôle, d’ailleurs dénaturé, dans la semaine de mai.

Mercier savait l’impopularité de ce rude soldat. Il

  1. 5 juin 1894.