Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/37

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tenta d’en tirer profit. Ce qui fut son œuvre, ce fut la conspiration ourdie avec quelques-uns de ses collègues pour soustraire au nouveau chef de l’État la connaissance des affaires[1]. Il chercha à le reléguer dans une sinécure dorée, à la façon des rois fainéants, où, sans initiative et même sans contrôle, la responsabilité morale de tout l’accablerait.

Dès les premiers jours de la nouvelle Présidence, Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, refusa au Président la communication régulière des dépêches diplomatiques. Aucun souverain héréditaire, aucun chef élu n’aurait admis une pareille prétention ; Casimir-Perier se résigna.

L’exemple de l’infatué diplomate ne fut pas perdu pour Mercier. Le Président de la République apprit par le Journal Officiel[2] que le ministre de la Guerre avait décidé de licencier, soixante mille hommes des deux classes de 1891 et 1892[3].

Mercier avait attendu le départ des Chambres pour lancer sa circulaire. Ni la commission de l’armée, ni celle du budget ne furent consultées ou seulement prévenues. La mesure ayant été délibérée, en conseil des ministres, sous la présidence de Carnot, Mercier aurait supposé que Dupuy en avait avisé le nouveau Président de la République[4]. Dupuy n’en avait rien fait.

Mesure illégale, puisque la loi n’autorise le renvoi anticipé que dans des conditions déterminées. Mesure

  1. Enquête et débats de la Cour de cassation, I, 327, Casimir-Perier : « J’ai, d’ordinaire, ignoré, pendant que j’occupais la Présidence de la République, ce qui touchait à la marche des affaires publiques. »
  2. Conseil de guerre de Rennes, procès Dreyfus, I, 57, Casimir-Perier.
  3. Circulaire du 1er août 1894.
  4. Rennes, I, 158, Mercier.