Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/441

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aux sommets classiques du drame. Succédant à la modération de la veille, cette violence soudaine, inattendue, c’est la passion d’une âme honnête qui ne se peut plus contenir devant le fourbe, éclate, volcan patriotique, pour en finir avec toutes ces arguties et ces basses chicanes, et les emporte dans un flot de lave.

Même le mystère, dont Henry entoure, par ordre, le nom du révélateur, ajoute à l’émotion de ces soldats.

Qui d’entre eux mettra sa parole en doute ?

Son autorité était incontestée, sa réputation sans une ombre.

Henry avait l’allure, la fibre populaires. Il était d’extraction humble, sortait du rang. Pour avoir été élevé au poste qu’il occupe, presque à la tête de ce redoutable sanctuaire, le bureau des renseignements, les juges tiennent pour certain que son mérite seul a imposé ce roturier sans fortune. Cette situation d’absolue confiance, il ne la doit apparemment à aucune intrigue. La protection de Miribel autrefois, aujourd’hui l’estime de Boisdeffre parlent haut pour lui. Nature loyale, cordiale et franche, d’un dévouement sans bornes, de vie simple, fruste, resté un peu paysan, le vrai soldat.

Mais est-ce Henry seul qui vient de parler et de se taire ? Quand, montrant le malheureux qui s’agite sur son banc, il a juré que c’est le traître, Boisdeffre et Mercier lui-même ont parlé par sa bouche[1]. Et qui les suspecte ? À qui viendrait la pensée d’un tel sacrilège, d’un faux serment commis par eux ? Foi touchante, qui

  1. Cass., II, 125, lettre de Zurlinden au garde des Sceaux : « La déposition d’Henry aurait pu être faite dans le même sens par le colonel Sandherr, chef du service des renseignements, comme par le sous-chef et le chef d’État-Major de l’armée, comme par le ministre lui-même. »