Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/442

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rend la supercherie plus horrible ! Du coup, la victoire changea de camp.

Cette scène, qui dura quelques minutes à peine, ne fit pas une moindre impression sur Lépine que sur les juges. Seul, Picquart, qui trouva la déposition d’Henry « extrêmement théâtrale[1] », et qui la savait préparée, n’en fut pas frappé comme d’une explosion de la vérité. Il connaissait la personne honorable, le rastaquouère espagnol qui faisait l’ignoble métier de vendre, pour quelque argent, à Henry et à Guénée, les propos qu’il surprenait aux attachés militaires et qu’il répétait au hasard de ses souvenirs, sans se rendre compte, bien souvent, de la valeur de ce qu’il entendait[2].

Et les communications de Val-Carlos n’étaient même pas écrites de sa main. Rien que des conversations notées par Guénée, celles de mars et d’avril ; par Henry, celle de juin qui précisait que l’espion, aux gages de Schwarzkoppen et de Panizzardi, était un officier du deuxième bureau, ou ayant appartenu, en mars et avril, à ce bureau[3]. Aucune autre preuve de ce dernier entretien que la parole d’Henry[4]. N’a-t-il pas été inventé, fabriqué par lui, antidaté après l’arrestation de Dreyfus pour corser le dossier ? En mars, Val-Carlos dit

  1. Rennes, I, 380, Picquart.
  2. Picquart (Cass., I, 130) dépose qu’il fit donner à Val-Carlos, par l’intermédiaire d’Henry, une somme de 1.200 francs — Selon Cuignet, 1.500 francs (Rennes, I, 495).
  3. Le fait des communications purement verbales de Val-Carlos est reconnu par Zurlinden, alors ministre de la Guerre, dans sa lettre du 10 septembre 1898 au garde des Sceaux (Cass., III, 55), et, de même, par Roget (Cass., I, 59) et par Mercier (Rennes, I, 85). Pour Roget, Val-Carlos est « un homme qui occupe une belle situation mondaine » ; Mercier l’appelle « une personne haut placée dans la diplomatie étrangère ».
  4. « M. De… avait-il réellement fourni ces renseignements ? Rien ne l’établit. » (Cass., III, 55, Ballot-Beaupré.) Sur les conversations de Val Carlos, voir t. VI, 299 et Cass., III, 442, Mornard.