Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/460

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l’ignore, mais s’il l’est, une calamité, plus grande encore, peut tomber sur nous : c’est qu’il s’échappe, c’est qu’il se commette une évasion. Les mesures les plus énergiques doivent être prises pour que le dommage ne continue pas[1]. »

Toutes les rigueurs sauvages et folles de l’île du Diable sont en germe dans ces paroles.

XVII

La délibération des juges dura une heure. Tous attendaient la communication prévue, annoncée, des pièces secrètes, qui, inconnues encore, mais réputées terribles, avaient déjà agi sur leur esprit.

Aucun d’eux ne soupçonnait que la communication était illégale, qu’elle violait l’équité, le droit, la loi écrite, le code militaire, ouvert sur la table du conseil[2]. Gallet éprouva un court scrupule, mais Maurel lui opposa les notes du ministre, la raison d’État ; on passa outre.

  1. J’ai suivi mot à mot le récit de Bertin. Mercier, dans sa déposition, l’avait amorcé ; il mentionne l’ordre qu’il donna à Bertin d’aller informer le Président de la République (Rennes, I, 110). D’autre part, Casimir-Perier déclare : « Tout d’abord, je n’ai pas souvenir d’avoir reçu le colonel ou commandant Bertin. Un point est très précis dans ma mémoire : c’est que le général Mercier m’a dit que les documents étaient sans grande importance. J’affirme l’exactitude absolue de ma mémoire. » (Rennes, I, 150.) Bertin a-t il inventé la scène, tout au moins les propos qu’il aurait tenus à Casimir-Perier, qu’il n’aurait tenus qu’à Mercier et à Boisdeffre ? Il a été pris, d’ailleurs, à plusieurs reprises, en flagrant délit d’erreur ; tantôt, il prête à Dreyfus un propos absurde qui fut démenti énergiquement, et que tout dément (Rennes, II, 39, 65) ; tantôt, il appelle Demange « l’avocat de l’ambassade d’Allemagne » (Rennes, II, 63), etc… — Au lendemain du procès de 1894, Bertin fut mis au tableau d’avancement.
  2. Rennes, II, 401 » Freystætter : « Je ne savais pas du tout qu’il fût interdit de nous communiquer quelque chose en chambre du conseil. » — De même, Picquart : « Ce n’est que