Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/568

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entouré d’officiers, se tenait prêt à expédier immédiatement les ordres de mobilisation[1]. Misérable roman, forgé sans vergogne pour justifier, par la crainte de l’Allemagne, la communication des pièces secrètes[2], antérieure de dix jours à la note du chancelier. Casimir-Perier, dès qu’il connut l’impudent mensonge, infligea à Mercier un dur démenti[3], et Mercier s’enlisa dans sa propre imposture.

Il avait assigné d’abord à cette scène la date du 6 janvier[4], alors que la conversation de Casimir-Perier avec Munster avait, dès l’après-midi de ce jour, écarté tout danger, que Munster avait pris pour le lendemain rendez-vous avec Dupuy, que la réponse du chancelier arriva le 7 et que Boisdeffre, loin de préparer des ordres de mobilisation, était, le 6, absent de Paris, où il ne rentra que tard dans la soirée[5], Il déclara ensuite qu’il ne pouvait retrouver la date de cette nuit si pleine d’angoisse[6], où la France avait été « à deux doigts de la guerre », date impossible à découvrir, en effet, et qui ne fut pas retrouvée davantage par Boisdeffre, ajoutant son faux témoignage à celui de son chef, puisque tout ce récit n’est qu’une fable[7].

Pourtant l’inquiétude de Mercier avait été réelle, ignorant qu’il était des choses de la diplomatie et conscient de son crime. Si Boisdeffre, moins nerveux, était

  1. Rennes, I, 97, 98, Mercier.
  2. Ibid., 96.
  3. Rennes, I, 154 Casimir-Perier.
  4. Rennes, I, 97, Mercier : « M. Casimir-Perier n’est pas allé jusqu’au bout de sa déposition. Il n’a pas dit que, ce même jour, nous sommes restés, lui, Président de la République, le président du Conseil, et moi, ministre de la Guerre… etc. »
  5. Cass., I, 37, Cavaignac ; I, 246, Gonse ; I, 261, Boisdeffre ; Rennes, I, 156, Demange ; I 531, Boisdeffre.
  6. Rennes, I, 456, Mercier.
  7. Voir Appendice XXII.