Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/642

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n’y avait fait que de vagues allusions. Cependant, au cours de son entrevue avec le commandant Du Paty, Dreyfus eut une explosion de colère et s’écria : « Ces deux attachés militaires, je voudrais à chacun leur planter un poignard dans la gorge. — De qui parlez-vous ? dit le commandant. — De ceux de la Triplice. — Mais il y en a trois ? — Est-ce que l’Autriche compte ? » Le commandant Du Paty me rendit immédiatement compte de l’incident. »

Mercier, à Rennes, ne reprend pas cette version. Du Paty n’en dit rien quand il dépose, soit devant la Cour de cassation, soit, en 1899, par commission rogatoire. Il ne la mentionne pas davantage dans sa lettre-rapport du 3 décembre 1894. Il ne raconte l’incident que dans une note sans date, mais qu’il dit lui-même avoir été écrite en septembre 1897, sur la demande de Gonse ou de Boisdeffre.

Or, outre que Du Paty venait de parler à plusieurs reprises des attachés étrangers, Dreyfus avait été trop souvent interrogé par lui et par D’Ormescheville sur ses prétendus rapports avec l’ambassade d’Allemagne pour ignorer qu’il était accusé d’avoir trafiqué avec Schwarzkoppen. Depuis six semaines, tous les journaux étaient pleins de ce nom. Demange en avait parlé, à vingt reprises, à son client.

Dreyfus n’apprit le nom de Panizzardi qu’à son retour en France, en 1899, dans la prison de Rennes.

XIX

le rapport de du paty de clam du 31 décembre 1894

Du Paty dépose[1] que, le soir même de sa dernière entrevue avec Dreyfus au Cherche-Midi, il en rédigea un compte rendu détaillé, qu’il le remit au cabinet du ministre

  1. Cass., I, 440, Du Paty.