Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/651

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gnage ne fut invoqué qu’après sa mort. La Libre Parole accusa les juifs de l’avoir assassiné et, vaguement, me désigna comme celui qui avait ordonné le coup.

XXI

gonse et lebrun-renault

Selon Gonse[1], le récit que lui fit Lebrun-Renault tient tout entier dans ces phrases de Dreyfus :

« On n’a pas livré de documents originaux, mais seulement des copies. » Lebrun-Renault déclare, par la suite, qu’il n’a aucun souvenir de cette première phrase. — « Le ministre sait que je suis innocent. Il me l’a fait dire, il y a quelques jours, dans ma prison, par le commandant Du Paty de Clam. Je suis innocent ; si j’ai livré des documents, c’était des documents sans importance et pour en avoir de plus sérieux de l’Allemagne. »

Or, ces trois dernières phrases, quand Lebrun-Renault sera appelé, de nouveau, trois ans plus tard, au ministère de la Guerre, le 20 octobre 1897, il en donne, sous la pression de Gonse et de Henry, un texte singulièrement plus vague, volontairement équivoque, en marge du faux témoignage, où c’est le ministre qui sait que Dreyfus n’a commis qu’une imprudence et où il n’est pas question de la visite de Du Paty[2].

Voici cette version : « Le capitaine Lebrun-Renault, de la garde républicaine, déclare que, le 5 janvier 1895, le capitaine Dreyfus qu’il était chargé de garder dans une des pièces de l’École militaire, lui a fait l’aveu suivant : « Je suis innocent ; dans trois ans, mon innocence sera prouvée. Le ministre sait que, si j’ai livré des documents sans importance, c’était pour en obtenir de plus sérieux

  1. Cass., 245, Rennes, I, 550 ; et lettre à Boisdeffre, Gonse.
  2. Cass., II, 132.