Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/83

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ville se porte immédiatement sur la feuille de Dreyfus. Au premier examen, il découvre une ressemblance, qui lui semble frappante, entre l’écriture du capitaine et celle du bordereau.

D’Aboville place à la fenêtre le bordereau, en mettant au-dessus la feuille de notes ; les deux mots d’« artillerie » lui paraissent se superposer exactement. Et Fabre note une particularité qui le stupéfait : « L’i central, dans le bordereau, était sensiblement descendu au-dessous de la ligne horizontale formée par les autres lettres. L’i final, suivi d’un petit jambage, était écrit de la même façon sur la feuille d’inspection[1]. »

Ni D’Aboville ni Fabre ne s’aperçurent que, si l’i central du bordereau était descendu au-dessous de la ligne horizontale formée par les autres lettres, c’est qu’en cet endroit la pièce a été mal recollée ; le papier avait glissé. Cela était apparent, même sur la photographie. Ils n’en virent rien.

Cependant, comme la feuille ne portait, de la main de Dreyfus, que ses nom, prénom et qualité, ils consentirent à penser que « cela n’était pas suffisant encore[2] ». Il serait convenable de chercher d’autres documents de comparaison que ces douze mots.

D’Aboville se rend au réseau de l’Est, où Dreyfus a fait un stage ; « mais tout le monde était parti pour déjeuner ». Il y revint dans l’après-midi. Le capitaine Bretaud, en l’absence de Bertin, lui remit des spécimens. Il les examina avec Fabre ; leur conviction, déjà enracinée, devint certitude. Ils retrouvèrent « presque tous les mots du bordereau dans les copies de lettres[3] ».

  1. Rennes, I, 571, Fabre.
  2. Rennes, I, 577, D’Aboville.
  3. Ibid., 578.