Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


J’ai donc cru vous être agréable, moi pour qui la langue provençale est une langue maternelle, en vous proposant de faire une petite excursion, non pas précisément hors du domaine de la Poésie française, mais dans une de ses attenances les moins connues, et en vous présentant, à côté de V. Hugo et de ses successeurs, Frédéric Mistral et ses félibres. Vous verrez qu’ils n’y font pas mauvaise figure.

Au cours de ces entretiens, je ferai le plus de citations et de lectures que je pourrai, m’effaçant derrière mes modelas, leur laissant la parole le plus longtemps possible. D’abord vous y gagnerez: au lieu d’entendre un commentateur, vous écouterez un poète. Et puis, à mon sens, la lecture à haute voix est le meilleur commentaire qu’on puisse donner d’un poète. Une page de poésie, c’est un morceau de musique. Or, si vous voulez vous rendre compte des beautés d’une symphonie de Beethoven ou d’un concert de Schumann, quel autre moyen avez-vous que d’en entendre l’exécution? Lisez un feuilleton de critique musicale, même le plus savant, le mieux informé: je ne vous demande pas si vous éprouverez le même plaisir, car j’aurais l’air de faire une plaisanterie, mais aurez-vous la même intelligence du texte musical ? Eh bien ! pour moi, chaque fois que j’ouvre un poète, il me semble que j’ouvre une partition ; les vers sont des portées, et les mots sont des notes. On peut assurément déchiffrer ces partitions en silence, et se représenter ainsi mentalement l’effet qu’elles doivent produire, mais on ne leur donne toute leur valeur qu’en les disant, qu’en les prononçant à haute voix. Une intonation juste m’en apprend plus long sur les intentions d’un poète que les commentaires les plus circonstanciés. Dans son joli livre sur l’Art de la lecture, M. Ernest Legouvé a raison de soutenir que la lecture à haute voix est le procédé de critique le plus infaillible. Elle est même quelque chose de plus: c’est le meilleur moyen d’enseignement que je connaisse. En France, les professeurs des classes supérieures