Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/28

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DEUXIÈME LEÇON.


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VICTOR HUGO. L’HOMME.


On vous a dit peut-être que la culte de Victor Hugo commençait à baisser, en France. Vous avez recueilli les échos de la critique. Vous avez entendu le bruit prolongé qu’ont fait certains articles de M. Jules Lemaître. (V. la quatrième série des Contemporains.)

« La qualité de son esprit ne m’éblouit ni ne me charme, hélas ! ou même m’incite à me réfugier dans la pensée délicate ou dans le tendre cœur des poètes qui me sont chers : mais son verbe m’écrasse… Une âme violente et grossière, comme l’appelait Louis Veuillot, soit, mais une bouche divine… »

Et vous en avez conclu que les Français commençaient à se lasser de cette puissance verbale, de ces images violentes, et que Lamartine regagnait du terrain.

Permettez-moi de vous mettre en garde contre ces brusques revirements de la critique. Ils ne traduisent pas toujours exactement les mouvements de l’opinion. Ces attaques, ces diatribes ne prouvent pas toujours grand’chose. Ce sont jeux de critiques, c’est-à-dire jeux de princes. Il faut bien, pour renouveler la critique, qu’on brûle aujourd’hui ce qu’on adorait hier. Que dirait M. Jules Lemaître, s’il ne disait pas noir quand tout le monde dit blanc ? Qu’il y ait chez nous un regain de popularité pour Lamartine, je