Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/47

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A. La Métaphore.

Ici, nous touchons à ce qu’il y a de plus personnel, de plus génial dans la démarche de l’Imagination chez V. Hugo. Étudier la Méthaphore chez V. Hugo, ce serait passer en revue toute son œuvre. Songez qu’on a fait un dictionnaire des métaphores qu’il a imaginées, et que ce dictionnaire est lui-même un gros volume.

Parfois la Métaphore est une sorte d’hallucination. On saisit sur le vif la liaison de l’impression physique et de la représentation poétique. Voici un exemple. V. Hugo était à Bruxelles.

« C’était en juin, j’étais à Bruxelles… »


Il apprend qu’un des insurgés du Deux-Décembre, Charlet, vient d’être guillotiné à Dijon. Cette nouvelle le trouble, l’émeut. Il sort de la ville pour respirer plus à l’aise, pour calmer son émotion par une longue promenade, mais la vision de cette tête qui tombe ne le quitte pas.


« Sans pouvoir m’apaisser, je fis plus d’une lieue.
Le soir triste monta sous la coupole bleue ;
Linceul frissonnant, l’ombre autour de moi s’accrût.
Tout-à-coup la nuit vint, et la lune apparut
Sanglante, et dans les cieux, de deuil enveloppée
Je regardai rouler cette tête coupée.»


La Métaphore est en second lieu une superposition et une fusion d’images.


« Et le volcan, noyé sous d’affreux lacs, regrette
La montagne, son casque, et le feu, son aigrette. »


Un rocher qui lutte contre un torrent est une hydre qui lutte contre un reptile. Peu à peu les deux termes de la comparaison se rapprochent et s’identifient. Le Pôle n’est pas seulement comparé à un lion qui aurait une crinière de glaçons, le Pôle est un lion : c’est le lion Pôle.