Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/52

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lestine, on ne trouvera rien de tel. Cest une ville inconnue dont Hugo a enrichi la géographie biblique. Mais n’admirez-vous pas l’harmonie de ce mot et l’air hébraïque qu’il présente ? Jérimadeth ! cela sonne bien. C’est biblique décidément. Il faut rendre grâce à Victor Hugo d’avoir fait cette trouvaille.

Voici l’autre passage:


« Quand le Christ expira, quand mourut le grand Pan,
Jean et Luc en Chaldée et dans l’Inde Épicure
Entendirent un cri d’inquiétude obscure.
La terre tressaillit… »


En lisant ces vers, M. Ch. Renouvier tressaille aussi. Comment ! Épicure, dans l’Inde et à l’époque de la mort de J.-C ! Mais tout le monde sait qu’il est né dans le dème athénien de Gargettos, vers 341 av. J.-C, et qu’il est mort en 270 ! Comment peut-on commettre une aussi incroyable méprise ? — Eh bien ! j’en demande pardon aux historiens de la philosophie. En écrivant ce vers, V. Hugo a vaguement senti, avec une sorte d’inconsciente divination, qu’il y avait dans la théorie de l’ataraxie d’Épicure et dans ses idées sur le plaisir en repos, quelque chose qui n’était pas hellénique et qui se rattachait confusément aux idées bouddhistes. Il a élaboré dans son esprit une légende, qui a en effet quelques traits de profonde vérité, et a résolument placé Épicure dans l’Inde au mépris des témoignages les plus authentiques de l’histoire.

Mais j’avoue qu’il y a une foule de cas où cette ignorance des faits et cette audacieuse méthode d’invention sont insupportables. Rien de plus facile que de plaisanter sur certains passages, mais la plaisanterie ne prouve rien. Mieux vaut chercher de quelle qualité ce défaut était le revers ou la rançon. Victor Hugo crée, je ne dis pas l’histoire, mais la légende, c’est son droit. Il invente des royaumes, des noms, des événements. Qui connaît