Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/93

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il remplissait de ses explosions les deux salons du maître. Tout épanoui en joie, il semblait, cet heureux, avoir, lui seul de nous tous, concilié l’art et la vie en une si intime harmonie qu’elle n*était jamais troublée même de la plus brève dissonance » (Petit Temps, 2 juillet 1899). Hérédia fut en effet le disciple préféré de Leconte de l’Isle. C’est à lui qu’il a adressé, en tête de ses Trophées, une épître liminaire, où on lit les lignes suivantes : « Je vous suis plus redevable que tout autre ; vous m’avez jugé digne de l’honneur de votre amitié. J’ai pu, au cours d’une longue intimité, comprendre mieux l’excellence de vos préceptes, toute la beauté de votre exemple. Et mon titre le plus sûr à quelque gloire sera d’avoir été votre élève bien aimé. » Et c’est en outre Hérédia qui avec le Vicomte de Guerne a été chargé de publier les œuvres posthumes du maître.

Ce que Hérédia doit à Leconte de l’Isle, il est facile de le voir. Certes, il garde son originalité, sa physionomie, son accent personnel, et surtout cette allégresse, cette joie de vivre que n’a pu assombrir la philosophie attristée de son maître. Mais sa méthode de travail, son goût d’idéale perfection, cette volonté, consciente d’elle-même, qui pétrit la matière, la condense ou la fait entrer, de vive force, dans la forme du sonnet « sans que l’étroitesse du moule en soit jamais forcée, » ces qualités d’artiste, de maître ouvrier que nous nous plaisons à reconnaître en lui, ont été évidemment, je ne dis pas formées, mais encouragées, fortifiées, disciplinées, ainsi qu’il le dit lui-même dans la Préface des Trophées, par les préceptes et par l’exemple de Leconte de l’Isle.

La forme du sonnet se prête admirablement à cet art conscient de lui-même et amoureux de la perfection. Le sonnet ne souffre pas la médiocrité. Il faut que les rimes soient riches, régulièrement disposées (je renvoie au Petit traité de poésie française de Th. de Banville, p. 197