Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/92

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compte de toutes les recherches, de tous les soucis d’art OU d’érudition qu’a exigés ce prodige de volonté, ce miracle de poésie consciente qu’on appelle les Trophées, eh bien non! on n’est pas étonné qu’il ait coûté trente ans de concentration et de recueillement. Il est sur la dernière rampe des Cordillières un aloès géant qui vit cent ans pour fleurir un jour (v. Fleur séculaire, p. 129). Un chef-d’œuvre est aussi une fleur rare, dont le bouton doit être longuement mûri.

Pour comprendre l’œuvre de Hérédia, il faut dire un mot de ses origines et de son éducation. Hérédia est créole, comme Leconte de l’Isle ; c’est la Réunion qui a donné Leconte de l’Isle à la France, c’est Cuba qui lui a donné Hérédia. Hérédia a parmi ses ancêtres un de ces conquistadores qu’il a si bien chantés. « Il tient apparement de ses origines, espagnoles et créoles, dit M. Jules Lemaître, la grandiloquence de ses vers, la « grandesse » de ses sentiments et l’opulence de sa vision; mais il a aussi du sang normand dans les veines, et il est permis de croire que c’est par là que lui sont venues ses bonnes habitudes classiques, son goût de l’ordre et de la clarté. Il a d’ailleurs fait ses études dans un vieux collège de prêtres, qui étaient d’excellents humanistes à l’ancienne mode, et il a été par surcroît élève de l’École des chartes » (Les contemporains, 2ème série, p. 55). Il a été surtout élève de Leconte de l’Isle. Leconte de l’Isle réunissait chez lui, tous les samedis, dans son logement du quartier des Invalides, tous les membres du Parnasse: ils étaient trente-sept, Coppée, Sully-Prud’homme, Léon Dierx, Catulle Mendès etc. Hérédia était l’enfant gâté de cette réunion. Voici le témoignage d’un contemporain L. Xavier de Ricard, qui publie de temps en temps dans un grand journal de Paris les Petits Mémoires d’un Parnassien. « Autant L. Dierx semblait hâtif de rentrer en lui-même … autant Hérédia s’extériorisait tumultueusement par le geste, la voix, le rire tout ensemble ;