Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/154

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
154
l'île mystérieuse.

« C’est là, dit-il en se relevant, là que s’opère la décharge des eaux, là, sans doute, que par un conduit creusé dans le massif de granit elles s’en vont rejoindre la mer, à travers quelques cavités que nous saurions utiliser à notre profit ! Eh bien ! je le saurai ! »

L’ingénieur coupa une longue branche, il la dépouilla de ses feuilles, et, en la plongeant à l’angle des deux rives, il reconnut qu’il existait un large trou ouvert à un pied seulement au-dessous de la surface des eaux. Ce trou, c’était l’orifice du déversoir vainement cherché jusqu’alors, et la force du courant y était telle, que la branche fut arrachée des mains de l’ingénieur et disparut.

« Il n’y a plus à douter maintenant, répéta Cyrus Smith. Là est l’orifice du déversoir, et cet orifice, je le mettrai à découvert.

— Comment ? demanda Gédéon Spilett.

— En abaissant de trois pieds le niveau des eaux du lac.

— Et comment abaisser leur niveau ?

— En leur ouvrant une autre issue plus vaste que celle-ci.

— En quel endroit, Cyrus ?

— Sur la partie de la rive qui se rapproche le plus près de la côte.

— Mais c’est une rive de granit ! fit observer le reporter.

— Eh bien, répondit Cyrus Smith, je le ferai sauter, ce granit, et les eaux, en s’échappant, baisseront de manière à découvrir cet orifice…

— Et formeront une chute en tombant sur la grève, ajouta le reporter.

— Une chute que nous utiliserons ! répondit Cyrus. Venez, venez ! »

L’ingénieur entraîna son compagnon, dont la confiance en Cyrus Smith était telle qu’il ne doutait pas que l’entreprise ne réussît. Et pourtant, cette rive de granit, comment l’ouvrir, comment, sans poudre et avec des instruments imparfaits, désagréger ces roches ? N’était-ce pas un travail au-dessus de ses forces, auquel l’ingénieur allait s’acharner ?

Quand Cyrus Smith et le reporter rentrèrent aux Cheminées, ils y trouvèrent Harbert et Pencroff occupés à décharger leur train de bois.

« Les bûcherons vont avoir fini, monsieur Cyrus, dit le marin en riant, et quand vous aurez besoin de maçons…

— De maçons, non, mais de chimistes, répondit l’ingénieur.

— Oui, ajouta le reporter, nous allons faire sauter l’île…

— Sauter l’île ! s’écria Pencroff.

— En partie, du moins ! répliqua Gédéon Spilett.

— Écoutez-moi, mes amis, » dit l’ingénieur.

Et il leur fit connaître le résultat de ses observations. Suivant lui, une cavité