Page:Kann - Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient.djvu/289

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tillerie avait enfin été renforcée par les batteries des territoriaux, arrivées hier soir trop tard sur le champ de bataille pour avoir pu jouer un rôle actif avant le coucher du soleil. Ce sont les vieux obusiers à plateforme dont j’ai déjà parlé. Les braves pères de famille qui les servent ont accumulé là six batteries dans un espace de quelques mètres carrés et tirent pardessus les montagnes à un angle formidable.

Nous contemplions leurs efforts poussifs depuis quelques instants, lorsqu’un officier d’état-major s’approche de nous et entame la conversation. Il parle fort bien l’allemand et étale ses connaissances avec fierté. La nuit a été bonne : on a enlevé d’assaut deux positions russes. La 5e division est au contact en avant de l’artillerie :

— Ce serait bien plus intéressant pour vous d’aller là-bas que de perdre votre temps à regarder « ces cochonneries de bronze », ajoute-t-il fort irrévérencieusement en désignant les canons des pauvres territoriaux.

Ces confidences ne me surprennent qu’à moitié, car notre interlocuteur appartient à la quatrième armée. Celle-ci est la seule à laquelle ne sont attachés ni correspondants ni officiers étrangers. Les troupes de Nodzou n’ont reçu aucune instruction nous concernant, et partout je trouverai auprès d’elles meilleur accueil et moins de méfiance que par le passé