Page:Kant-Traité de pédagogie (trad. Barni), 1886.pdf/9

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PRÉFACE.


a peine à reconnaître en lui, à côté de l’auteur de la philosophie transcendentale, un observateur des plus pénétrants et un moraliste des plus délicats, sans que le souci des petites choses ait jamais nui à l’ampleur et à la majesté du système. Cependant quand ce système s’écroulerait, quand, il n’en resterait plus rien, sinon dans l’histoire, que de remarques, que de règles pratiques continueraient à faire de Kant un des maîtres de la conduite humaine ! — Et ce serait justice. On a pu se demander en effet si la conscience des besoins moraux de l’humanité n’avait pas triomphé des exigences de sa pensée critique, et si les reconstructions de la raison pratique n’étaient pas elles-mêmes une glorieuse inconséquence. Mais à coup sûr des vérités plus modestes que les célèbres postulats ont fait leur place, j’allais dire leur brèche, dans la philosophie kantienne. Les leçons de pédagogie recueillies et publiées par Rink en sont la preuve.


I.


LA PHILOSOPHIE DE KANT ET L’ÉDUCATION


Comment une pédagogie est-elle possible dans le système de Kant ? La liberté dans ce système n’est-elle pas au-dessus des phénomènes, et ceux-ci ne sont-ils pas condamnés à développer les conséquences irrésistibles de ses invisibles arrêts ? Le vrai principe de la moralité n’est-il pas par là hors de la portée de tout éducateur humain, qui épuiserait vainement ses forces à essayer de détourner un déterminisme implacable ? — Kant a dit encore 1[1], avec une âpreté toute stoïcienne, qu’il n’y a pas de milieu entre avoir et n’avoir pas de caractère, c’est-à-dire de principe fixe de

  1. 1. Anthropologie, II° partie.