Page:Kant - Anthropologie.djvu/108

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l’homme va si loin qu’il croit voir et sentir hors de soi ce qui n’est que dans sa tête. De là le vertige qui saisit celui qui regarde dans un abîme, quoiqu’il y ait autour de lui un espace suffisant pour qu’il ne tombe pas, ou qu’il soit protégé par une barrière solide. — C’est une chose remarquable que la crainte éprouvée dans quelques maladies intellectuelles d’être poussé par une force intérieure à se précipiter volontairement d’une très grande hauteur. — La vue du plaisir que d’autres prennent à des choses dégoûtantes (par exemple quand les Tongouses aspirent et avalent tout d’un trait la morve qui sort du nez de leurs enfants) porte aussi bien le spectateur à vomir que s’il était obligé de partager une semblable jouissance.

La nostalgie des Suisses (et comme je l’ai appris de la bouche d’un général expérimenté, celle des Westphaliens et des Poméraniens de quelques contrées), qui les prend quand ils sont transportés dans d’autres pays, est l’effet d’une passion pour les lieux où ils ont goûté les joies les plus simples de la vie, passion qui est excitée par le souvenir de l’insouciance et de la société du voisinage dans leurs jeunes années. Mais quand plus tard ils revoient ces lieux chéris, ils se sentent trompés dans leur attente et sont par là même guéris. Ils sont persuadés, il est vrai, que tout a changé, quand en réalité, c’est leur jeunesse seule qu’ils n’y ont pas retrouvée. Il n’est cependant pas étonnant que cette maladie atteigne plutôt les campagnards d’un pays pauvre d’argent, mais par la même plus liés par l’amitié et les travaux communs des champs, que ceux