Page:Kant - Anthropologie.djvu/109

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qui courent après la fortune, et qui ont pris pour devise le patria ubi bene.

Quand on a entendu dire que tel ou tel est un méchant homme, on croit pouvoir lire la méchanceté dans ses traits ; et alors la fiction s’ajoute ici à l’expérience pour réaliser une sensation, surtout quand le sentiment et la passion s’en mêlent. Helvétius raconte qu’une dame voyait au télescope dans la lune l’ombre de deux amants ; le curé, qui voulut vérifier le fait, lui répondit : « Mais non, Madame, ce sont deux tours d’une cathédrale. »

À tous ces effets de l’imagination, il faut ajouter ceux qui ont lieu par la sympathie de cette faculté. La vue d’un homme qui éprouve des accès de convulsion ou d’épilepsie, porte à des mouvements spasmodiques semblables, comme le bâillement de quelqu’un fait bâiller autour de lui. Le docteur Michaëlis rapporte qu’à l’armée de l’Amérique du Nord un homme étant tombé dans un violent accès de rage, deux ou trois assistants en furent subitement saisis à la simple vue, mais que cet état ne fut que momentané. Il ne faudrait donc pas conseiller aux personnes nerveuses (hypocondriaques) de visiter par curiosité les maisons d’aliénés. Le plus souvent elles fuient d’elles-mêmes ce spectacle, parce qu’elles craignent pour leur tête. — On trouvera également que des personnes impressionnables, quand on leur raconte quelque événement dont on a été victime, et qu’on le fait avec passion, avec colère surtout, se laissent aller, dans leur forte attention, à des mouvements de l’âme, et pren-