Page:Kant - Anthropologie.djvu/25

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ego non sic, Abeilard), lorsque l'amour du paradoxe n'a pas sa raison dans le dessein orgueilleux de se singulariser purement et simplement, il ne doit pas être pris en mauvaise part. — Au paradoxe est opposé le vulgaire, qui a pour soi l'opinion générale. Le vulgaire ne présente déjà pas plus de sécurité, si même il n'en présente pas moins, parce qu'il y a là une sorte d'engourdissement ; au lieu que le paradoxal éveille l'esprit, le porte à l'attention, à un examen qui conduit souvent à la découverte.

L'égoïste esthétique est celui qui se contente de son propre goût ; que les autres trouvent détestables ses vers, ses tableaux, sa musique, etc. ; qu'ils les critiquent ou qu'ils s'en moquent, peu lui importe. Il se prive d'un moyen de progrès en ne suivant que son propre jugement, en s'applaudissant lui-même, et en ne cherchant qu'en lui la marque du beau dans les arts.

Enfin l'égoïste moral est celui qui rapporte toutes ses actions à lui-même, qui ne voit d'utile que ce qui lui sert, qui place le principe suprême des déterminations de sa volonté dans l'utilité seule, dans le bien-être personnel, et nullement dans la notion de devoir. Car, par le fait que chacun se fait des idées différentes de ce qui peut le rendre heureux, l'égoïsme moral consiste précisément à pousser les choses au point de n'avoir aucune pierre de touche de la véritable notion de devoir, notion qui cependant doit être un principe d'une valeur absolument universelle. — Tous ceux qui n'ont pour but que leur bien-être, les