Page:Kant - Anthropologie.djvu/27

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bien que cette forme de l'autorité suprême a dû avoir primitivement quelque chose de populaire et d'affable (Nous, le roi et son conseil, ou les Etats). — Mais comment s'est-il fait que l'apostrophe qui, dans les langues classiques anciennes, s'exprimait par tu, par conséquent au singulier, ait été remplacée chez différents peuples, principalement chez les Germains, par le vous, expression plurielle ? Les Allemands ont encore enchéri là dessus, en imaginant de désigner la personne à laquelle on parle par les pronoms ils, eux, (exactement comme s'il n'y avait pas colloque, mais récit concernant une personne absente, et même une ou plusieurs, indifféremment). Pour comble d'absurdité, on a poussé à un tel point le prétendu respect pour la personne à laquelle on s'adresse, et l'exaltation de cette personne au-dessus de soi, qu'au lieu de lui parler à la troisième personne, même au pluriel, on ne l'appelle que par la qualité abstraite de sa dignité (sa Grâce, sa Grandeur, son Excellence, sa Sainteté, son Eminence, etc.). — Toutes choses qui ne pouvaient manquer à l'époque de la féodalité, et qui en viennent probablement, car on s'appliquait beaucoup alors à distinguer tous les degrés de respect obligé d'inférieur à supérieur, depuis la dignité royale jusqu'à la condition où il n'y a plus d'autre dignité que d'être simplement homme, c'est-à-dire jusqu'à l'état d'esclave (l'esclave devant être apostrophé par son maître avec le tu), ou jusqu'à l'état d'enfance, état qui n'est encore capable d'aucune volonté propre.