Page:Kant - Anthropologie.djvu/35

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un homme, puisque la représentation totale (de la tête ou de l’homme) se compose de ces représentations partielles.

Il y a de quoi nous surprendre et nous étonner en voyant que le champ des.intuitions sensibles et des perceptions dont nous n’avons pas conscience, quoique nous puissions indubitablement conclure que nous les avons, c’est-à-dire que le champ des représentations obscures est immense dans l’homme (de même que dans les animaux), quand au contraire les représentations claires, celles dont la conscience est évidente, ne sont qu’en très petit nombre, qu’elles ne forment que quelques points éclairés sur la grande carte de notre esprit. Une puissance supérieure n’aurait qu’à dire, en effet : que la lumière soit ! pour qu’aussitôt, sans aucune addition (si par exemple nous prenons un littérateur avec tous ses souvenirs), la moitié d’un monde parût en quelque sorte à ses yeux. Tout ce que découvre l’œil armé du télescope (dans la lune, par exemple), ou du microscope (par exemple les infusoires), est déjà perçu à l’œil nu ; car ces moyens d’optique ne produisent pas plus de rayons lumineux, ni par conséquent plus d’images dans l’œil qu’il ne s’en produit déjà sur la rétine sans ces auxiliaires artificiels ; seulement, ces images s’en trouvent agrandies, et nous en avons conscience. — Il faut en dire autant des sensations de l’ouïe, lorsque avec ses dix doigts et ses deux pieds le musicien exécute une fantaisie sur l’orgue, tout en conversant avec une personne qui se trouve placée à ses côtés ; une multitude