Page:Kant - Anthropologie.djvu/46

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même sujet avec moi, comme être sentant ; mais, comme objet de l’intuition empirique interne, c’est-à dire en tant que je suis affecté intérieurement par des sensations qui prennent leur place dans le temps, qu’elles soient simultanées ou successives, je ne me connais cependant que comme je m’apparais à moi-même, et non comme chose en soi. En effet, cette connaissance dépend du temps comme d’une condition qui n’est pas une notion intellectuelle (par conséquent par pure spontanéité), c’est-à-dire d’une condition à l’égard de laquelle ma faculté de représentation est passive (et appartient à la réceptivité). — Je ne me connais donc jamais par expérience interne que comme je m’apparais ; proposition qui serait mal comprise si l’on entendait par là qu’il me semble seulement [mihi videri) que j’ai certaines représentations et sensations, et même en général que j’existe. — La semblance (der Schein) est le fondement d’un jugement erroné par suite de causes subjectives faussement regardées comme objectives ; tandis qu’un phénomène, une apparence, n’est pas du tout un jugement : c’est une intuition purement empirique, qui devient, à l’aide de la réflexion et de la notion intellectuelle qui en découle, une expérience interne, et, par suite, une vérité.

La cause de cette erreur tient à ce que les expressions sens intime et apperception, sont généralement prises comme synonymes par les psychologues, quoique la première ne doive signifier qu’une conscience psychologique (appliquée), et la seconde une conscience simplement logique ( pure).