Page:Kant - Anthropologie.djvu/58

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L’habitude active (assuetudo), au contraire, est une contrainte physique intérieure qui porte à faire à l’avenir comme on a fait jusque-là. Elle ôte aux bonnes actions leur valeur morale, par cela même qu’elle porte atteinte à la liberté de l’âme, et s’attire le ridicule en conduisant à des répétitions machinales du même acte (monotonie). — Des mots parasites habituels (des phrases destinées à remplir simplement le vide des pensées) font craindre à l’auditeur le retour de la même sottise, et font de l’orateur une machine à paroles. La cause du dégoût qu’excite en nous la vue de l’habitude machinale dans autrui, tient à ce que l’animal déborde ici tout à fait l’homme; l’acte machinal se produit alors régulièrement par une sorte d’i?is-tinct, et comme s’il était le produit d’une autre nature id’une nature non humaine), avec péril pour l’agent de tomber dans la classe des êtres dépourvus de raison. — Certains actes habituels peuvent cependant s’accomplir avec dessein et mériter l’approbation lorsque la nature refuse son secours au libre arbitre; par exemple s’habituer, dans la vieillesse, à prendre ses repas à une certaine heure, à n’en prendre que de telle espèce et telle quantité, à se coucher et à se lever à telle heure, et par conséquent se convertir insensiblement en une mécanique vivante; ce qui n’est tolérable que comme exception et en cas de nécessité. En principe, toute habitude machinale doit être proscrite.