Page:Kant - Anthropologie.djvu/61

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croyance aux sorciers n’a pas encore entièrement disparu[1]. On dirait que le sentiment de l’admiration, à propos de quelque chose d’inouï, a par lui-même beaucoup d’attrait pour les faibles, non seulement parce qu’il leur ouvre tout à coup de nouvelles perspectives, mais encore parce qu’il les conduit à s’affranchir de l’usage pour eux pénible de la raison, et à placer les autres au milieu de leur propre ignorance.

§ XIV.

De la semblance morale permise.

Plus les hommes sont civilisés, plus en général ils sont comédiens ; ils prennent l’apparence de l’affection, de l’estime pour autrui, de la moralité, du désintéressement, sans par là tromper personne, parce

  1. Un pasteur protestant d’Écosse disait encore de nos jours en s’adressant comme témoin à un juge : « Monsieur, je vous assure sur mon honneur de prêtre que cette femme est une sorcière. » À quoi le juge répliqua : « Et moi je vous assure sur mon honneur de juge que vous n’êtes pas un grand sorcier. » Ce mot : Hexe (sorcière), devenu allemand, dérive des premiers mots sacramentels de la Messe dans la consécration de l’hostie, que le croyant voit des yeux du corps comme un petit morceau de pain, mais qu’il doit voir des yeux de l’esprit, après les paroles sacramentelles, comme le corps d’un homme. En effet, la formule hoc est corpus fut convertie en celle-ci : hocus pocus, sans doute par la crainte pieuse de nommer et de profaner le vrai nom, ainsi que la superstition est dans l’habitude d’agir à l’égard des objets non naturels, pour éviter d’être coupable.